
Peut-être qu'elle aurait continué à me mener la vie dure : cassante et méprisante quand j'en attendais un témoignage de bonheur ou de fierté, douce et compréhensive quand j'en attendais de la dureté et du mécontentement... Jamais sur la même longueur d'onde. Une relation mère-fille douloureuse et destructrice.
Mais peut-être pas... il me semblait qu'à l'approche de la fin, elle avait compris certaines choses au fil de nos dernières discussions, avait lâché du lest... moi-même j'avais réussi à prendre de la distance, à me protéger un peu mieux de son jugement, à m'éloigner de son ombre maternelle qui n'a eu, semble-t-il, qu'un seul but... nous armer à son départ pour affronter la vie telle qu'elle l'a vécue : cruelle et sans pitié. Même si nos caractères sont très proches (certainement modelé à son image par son éducation), elle n'avait pas du tout ma sensibilité... d'où les ravages et les éclats.
Je sais qu'elle aurait été immensément fière lors de ma soutenance de thèse, car finalement c'était son idéal à elle que j'ai suivi sans m'en rendre compte. Elle cotoyait les chercheurs et les vénèrait presque. Pour elle, ils représentaient le summum de la réussite. Leur intellect la fascinait. Et sans aucun doute n'aurait-elle pas du tout cautionné mon choix de ne pas poursuivre dans ce domaine. Elle n'aurait pas compris.
Mais peut-être que si... Par l'autonomie financière et émotionnelle acquise via mon mariage, peut-être que j'aurai su lui faire entendre mes arguments et ma position... j'aime à y rêver même si, du coup, plus rien ne m'empêche de ressentir la tristesse du vide qu'elle a laissé.
Après son départ, j'ai fait mon deuil en me persuadant que c'était dans l'ordre des choses : vivre sa vie de manière autonome, être adulte sans avoir plus besoin de ses parents, prendre son envol, couper le cordon. Les parents partent avant les enfants... rien de dramatique finalement. Même pendant ma grossesse, j'ai très peu souffert de cette absence.
C'est seulement maintenant, depuis quelques semaines, quand j'observe mon fils, que je réalise son existence, que je le vois grandir et évoluer, que je me rend compte de tout ce qu'il représente... c'est maintenant que les larmes me montent très souvent aux yeux et qu'elle me manque douloureusement.
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Parce que, je suis sûre qu'
Elle serait dingue de son petit fils
Elle aurait été là dès le premier instant à la maternité, certainement même pour me soutenir pendant le travail
Elle m'aurait fait part de son expérience d'allaitement que j'ai inconsciemment mystifié
Elle le pourrirait de cadeaux
Elle viendrait le voir au moins une fois par semaine, ferait la baby sitter à la moindre occasion
Elle m'appelerait pour connaitre les moindres détails, se réjouirait de la moindre anecdote.
Elle respecterait nos choix d'éducation, m'appuyerait dans mon rôle de mère
Elle aurait été une grand-mère formidable.
Mamie NANANE
Je n'ai aucun doute là dessus.
Je n'ai personne pour la remplacer
C'est un gouffre dans ma vie, je le sais désormais.
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